La photographie, citations

Posted on 2 octobre 2015

DSC_3255Je ne poste ici que des formules que j’ai trouvées moi-même et non des citations glanées sur Internet dont on ne sait jamais si elles sont vraies car on ne trouve jamais les sources.
Dans la mesure du possible, j’indique les sources ou bien je mets un lien permettant de la retrouver ou de savoir où j’ai trouvé telle ou telle formule, surtout lorsqu’elle provient d’un ouvrage ou d’auteur un peu oubliés.

(1) « Devant la nature elle-même, c’est notre imagination qui fait le tableau : nous ne voyons ni les brins d’herbe dans un paysage, ni les accidents de la peau dans un joli visage. Notre œil, dans l’heureuse impuissance d’apercevoir ces infinis détails, ne fait parvenir à notre esprit que ce qu’il faut qu’il perçoive ; ce dernier fait encore, à notre insu, un travail particulier ; il ne tient pas compte de tout ce que l’œil lui présente ; il rattache à d’autres impressions antérieures celles qu’il éprouve et sa jouissance dépend de sa disposition présente. Cela est si vrai que la même vue ne produit pas le même effet, saisie sous des aspects différents. »

Eugène DELACROIX, Extrait du Journal, Paris, Plon, 1983

(2) « La photographie copie tout et n’explique rien, elle est aveugle au domaine de l’esprit »

Charles BLANC,
cité par Naomi Rosenblum, Une histoire mondiale de la photographie, Abbeville, 2000, p. 212

(3) « Ce qui fait un artiste, ce n’est pas le procédé mais la sensibilité »

Louis FIGUIER, catalogue du Salon de la photographie 1859,
in Naomi Rosenblum, Une histoire mondiale de la photographie, Abbeville, 2000, p. 213

(4) « Comme l’industrie photographique était le refuge de tous les peintres manqués, trop mal doués ou trop paresseux pour achever leurs études, cet universel engouement portait non seulement le caractère de l’aveuglement et de l’imbécillité, mais avait aussi la couleur d’une vengeance. Qu’une si stupide conspiration, dans laquelle on trouve, comme dans toutes les autres, les méchants et les dupes, puisse réussir d’une manière absolue, je ne le crois pas, ou du moins je ne veux pas le croire ; mais je suis convaincu que les progrès mal appliqués de la photographie ont beaucoup contri­bué, comme d’ailleurs tous les progrès purement matériels, à l’appauvrissement du génie artistique français, déjà si rare. La fatuité moderne aura beau rugir, éructer tous les borborygmes de sa ronde personnalité, vomir tous les sophismes indigestes dont une philosophie récente l’a bourrée à gueule-que-veux-tu, cela tombe sous le sens que l’industrie, faisant irruption dans l’art, en devient la plus mortelle ennemie, et que la confusion des fonctions empêche qu’aucune soit bien remplie »

Charles BAUDELAIRE, Lettre sur le Salon de 1859
in Curiosités esthétiques, Paris 1868

(5) « La question n’est pas de savoir si la photographie est en soi un des beaux-arts – ni la peinture ni la sculpture ne peuvent s’en prévaloir à titre exclusif – mais plutôt si elle est capable d’une expression artistique, si entre les mains d’un véritable artiste, ses productions deviennent des œuvres d’art »

Anonyme, Photographic Journal, 1862, in Naomi Rosenblum, Une histoire mondiale de la photographie, Abbeville, 2000, p. 213

(6) L’originalité de la photographie par rapport à la peinture réside donc dans son objectivité essentielle. Aussi bien, le groupe de lentilles qui constitue l’œil photographique substitué à l’œil humain s’appelle-t-il  précisément « l’objectif » (…) Tous les arts sont fondés sur la présence de l’homme ; dans la seule photographie nous jouissons de son absence

André BAZIN, Qu’est-ce que le cinéma, 1958

(7) Le dessin le plus fidèle peut nous donner plus de renseignements sur le modèle, il ne possèdera jamais, en dépit de notre esprit critique, le pouvoir irrationnel de la photographie qui emporte notre croyance

André BAZIN, ibid.

(8) « Si, sur bien des points, on peut établir un parallèle entre les différents arts et la photographie, celle-ci possède cependant un assez étrange pouvoir dont ont certainement parlé d’autres que moi mais qui lui est tellement spécifique qu’il ne cesse de m’émerveiller : c’est celui de fixer, de mémoriser ce que notre mémoire elle-même est incapable de retenir, c’est-à-dire l’image de quelque chose qui n’a eu lieu, n’a existé, que dans une fraction infime du temps […]. Et seule, à ma connaissance du moins, la photographie peut saisir et garder une trace de ce qui n’avait jamais été et ne sera plus jamais. Je me demande, en définitive, et au-delà de tout autre considération, si ce n’est pas l’attrait de ce pouvoir quelque peu magique qui m’a poussé à m’y essayer. »

Claude SIMON
cité in Elvire Perego, Je ne suis pas photographe. Créateurs et intellectuels à la chambre noire, Paris, Delpire, 2006

(9) « Notre perception des choses a été sensiblement altérée depuis que tout est devenu image. »

Roland BARTHES, La chambre claire

(10) La photographie fait l’inventaire de notre condition mortelle. Il suffit d’un attouchement du doigt pour que l’instant s’emplisse d’une ironie posthume.

Susan SONTAG, La photographie, Paris, Seuil, 1979, p. 85

(11) L’image laisse une part d’interprétation créative très importante à celui qui la regarde. Elle est de signification flottante et présente une certaine vulnérabilité sémantique. Elle n’affirme pas quelque chose comme le fait une phrase, qui tend vers l’univocité. Il n’y a pas de sens premier de l’image accessible indépendamment de la connaissance de son contexte de production. (…) L’idée qu’on pourrait charger les seules images de porter un message ne me semble pas possible. Les images sans légende sont muettes ou gardent une interprétation flottante.

BŒSPFLUG François, « La moquerie par l’image : un retour du blasphème ?. »
Esprit 5/2013 (Mai) , p. 42-50

Cette idée peut être rapprochée de celle formulée par par Susan Sontag :

(12) La façon dont l’appareil photographique rend compte de la réalité dissimule toujours plus qu’elle ne révèle. Ainsi que le note fort justement Brecht, une photographie des usines Krupp ne nous révèle pratiquement rien de leur organisation interne. (…) Seul le mode du récit donne accès à la compréhension.

Susan SONTAG, La photographie, Paris, Seuil, 1979, p. 35

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