Bibliothécaires illustres : 1. Salvatore Lucania dit Lucky Luciano

Posted on 2 mars 2016

 lucania

Certains personnages sont entrés dans l’histoire mais en général on ignore qu’ils ont également, un moment ou plus durablement, exercé des fonctions de bibliothécaire. Cet article a pour mission de le rappeler et éventuellement de mettre en lumière les effets que cette activité a pu avoir dans leur existence.

Salvatore Lucania dit Lucky Luciano

Mugshot-le-04-18-1936

Né en 1897 en Sicile, Salvatore Lucania arrive à New-York à l’âge de 10 ans et devient peu à peu, à la faveur surtout de son activité durant la Prohibition, un des chefs du crime organisé à New-York. Après avoir participé à l’élimination de deux parrains à l’ancienne, Joe Masseria et Salvatore Maranzano, il devient à son tour le « capo di tutti capi » quoique, à l’en croire, il ait refusé et le terme et le titre.

Il est emprisonné durant presque 10 ans et dans la première des prisons qui l’accueille il fait office de bibliothécaire. Et, ironie à laquelle les bibliothécaires seront certainement sensibles, le procureur qui l’envoie derrière les barreaux pour des faits de proxénétisme qu’il niera toujours s’appelle… Dewey, Thomas Dewey (CLASSIFICATION DEWEY ABREGEE … 364 : Criminologie, délinquance, vols, peines, racket).

En 1936 il se retrouve à la prison de Dannemora dans l’Etat de New-York. Il doit travailler à la blanchisserie et cela ne l’emballe pas beaucoup. Il semble se faire un idée un peu plus élevée de ses capacités intellectuelles :

« J’avais pris la résolution d’être le gars sans histoire, mais là ça allait trop loin. En 1936, la laverie d’une taule n’avait rien d’une grande laverie automatique. Nous n’avions pas de machines électriques et l’air n’était pas conditionné. Et me voici moi, dans un endroit qui est comme une étuve, une chaufferie, où je suis censé laver et repasser le linge merdeux des autres comme si j’étais une blanchisseuse quelconque ! Donc, après quelques semaines, j’ai trouvé le moyen de distribuer de l’argent, quelques dollars par-ci par-là, car un gardien de prison a plus d’un pot où on peut cracher, et je me suis retrouvé dans la bibliothèque : c’était propre, calme, et j’ai pu vraiment commencer à penser, à faire des projets »

Non seulement il se réjouit de ses nouvelles fonctions mais il était prêt à payer pour devenir un professionnel du rayonnage. On constate toutefois qu’il se fait de la bibliothèque une conception assez éloignée de la mode actuelle du 3e lieu. Elle semble d’ailleurs correspondre aux souhaits du personnel plus que des usagers. Il ne donne guère de renseignements sur ses tâches quotidiennes. Il ne précise malheureusement pas non plus si le désherbage consistait à éliminer les livres ou les lecteurs…

La lecture semble quand même avoir eu quelque effet durable sur lui :

« J’étais là, entouré de tous ces livres, et j’ai pensé soudain à Meyer Lansky qui se baladait toujours avec une premier livre dans sa poche revolver, le nez plongé dans un second bouquin. Ce salaud-là était toujours en train de lire, toujours en train d’apprendre quelque chose. C’est alors que moi aussi j’ai commencé à lire »

Meyer Lansky était son second, celui avec lequel il a toujours fait des affaires, son « consigliere » et son comptable. Il était d’origine juive ce que les mafiosi siciliens à l’ancienne avaient du mal à accepter. Les juifs participaient aux réunions des chefs mais n’avaient pas le droit de vote pour les décisions importantes ! Luciano ne fait l’éloge de la lecture que dans la mesure où elle peut lui rapporter quelque chose et non pour le simple goût de l’évasion (si j’ose dire). Il semble avoir conservé son goût pour la lecture. Il signale cependant, une fois en Italie, avoir lu Shakespeare et il compare certains de ses lieutenants au Cassius de Jules César (le symbole du boulet à ses yeux).

A sa sortie de prison, il est expulsé vers l’Italie et ses tentatives pour retrouver la première place dans l’Organisation échoueront plus ou moins. Il vivra d’amour et de marché noir. Il n’a pas pas cherché à développer ses compétences dans le domaine de la bibliothéconomie ni à cultiver son jardin. Il mène, dit-il, « la vie d’un dentiste à la retraite ». Il meurt d’une crise cardiaque alors qu’il se sent toujours en exil en Italie. Son corps est, à sa demande, rapatrié aux Etats-Unis.

Sources :

  • article Wikipedia,
  • Les citations sont extraites de l’ouvrage suivant : Gosch, Martin A., Hammer, Richard, Lucky Luciano, le testament, Paris, La Manufacture des livres, 2014

A venir : David Hume, Marcel Proust, Georges Bataille, Marcel Duchamp…

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